Corbeil-Essonnes (91)
La halle du marché de Corbeil-Essonnes occupe la place du Comte Haymon : une charpente métallique et ses pignons vitrés, sur un soubassement de brique polychrome — un bâtiment inscrit au titre du patrimoine. La ville la réhabilite et l’étend, avec l’agglomération Grand Paris Sud : 4,7 millions d’euros pour la halle, 4,5 pour la place qui l’entoure. Maîtrise d’œuvre A5A Architectes, avec Pierre Marchand, architecte du patrimoine, et Sylvamétal en entreprise mandataire ; brise-soleil, traitement d’air, signalétique et socles marchands neufs.
Le maire de Corbeil-Essonnes, Bruno Piriou, écrivait en présentant l’opération : « Réhabiliter la place et la halle s’est imposé comme un choix politique naturel. » Le journal de la ville qui l’accompagnait s’intitulait Au marché, chacun vient pour l’autre. C’est la bonne façon de poser le sujet : un marché couvert n’est pas un équipement, c’est un rendez-vous. Ce qu’il faut montrer n’est donc pas la charpente, mais ce qui se passe dessous et devant.
Cette image pose un problème que les concours ne posent jamais : le bâtiment existe déjà. Sur un projet neuf, personne ne peut comparer ; ici, tous les habitants connaissent cette halle, et la moindre approximation sur le rythme des fermes, la teinte de la brique ou la proportion d’un pignon se voit immédiatement. L’image n’est pas jugée sur sa vraisemblance mais sur la mémoire qu’en ont ceux qui la regardent. Et ce qui s’ajoute — les brise-soleil, les socles — doit se lire comme un ajout assumé, sans avoir l’air collé.
D’où le choix du crépuscule. À midi, une halle est un hangar ; à la tombée du jour, elle devient une lanterne, et c’est exactement ce que la réhabilitation cherche à obtenir. La place occupe presque autant de budget que le bâtiment — elle occupe donc, ici, presque autant d’image : le pavage, les lumières encastrées, les gens qui traversent ou s’arrêtent. Une halle vide ne prouve rien.